Victor Tiollier Un acte de résistance spirituelle à Dachau

Georges Villiers

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Georges Villiers est né à Charbonnières-les-Bains (Rhône) en 1899, et mort en 1986 à Paris.

En 1918, avant la fin de la Grande Guerre, il interrompt ses études d’ingénieur des mines à Saint-Etienne pour s’engager dans l’armée française et participer à la libération de Strasbourg.

Dans les années vingt, il crée une entreprise de construction, la C.M.E., dont il devient le directeur général, puis le président, en 1937. Il préside bientôt la Chambre syndicale des Métaux de Lyon.

Le 20 juin 1941, le maréchal Pétain le nomme Maire délégué de Lyon, après qu’Edouard Herriot ait dû quitter la mairie. Il pose comme condition à Pétain et à Laval de demander son avis à Herriot, et il prévient qu’il n’est pas question pour lui de collaborer avec les Allemands.

Ceux-ci finiront par se rendre compte qu’il a noué des contacts avec la Résistance, notamment avec de Gaulle et Jean Moulin. On lui a même proposé de faire partie du Conseil National de la Résistance. Pierre Laval le révoque en décembre 1942, après l’invasion par les Allemands de la zone libre, en novembre. Il collabore alors plus concrètement avec la Résistance. La Gestapo le surveille et finit par l’arrêter en 1944. Emprisonné à Monluc, il est interrogé par Klaus Barbie, qui choisit de le déporter plutôt que de le faire fusiller, afin d’éviter un scandale. Emmené en Allemagne dans le « train de la mort » qui part de Compiègne le 2 juillet vers Dachau, il tentera en vain de s’en évader avec quelques autres déportés. De Dachau il est vite transféré au camp annexe de Neckaerlz. Il survivra à l’épidémie de typhus qui emporte un grand nombre de prisonniers, et il sera libéré par les soldats Américains en avril 1945.

En 1946, il fonde le Conseil National du Patronat Français (qui remplace la Conférence générale de la Production Française, qui avait été dissoute par Vichy), confédération de fédérations professionnelles et interprofessionnelles locales, dont il sera le président pendant vingt ans (aujourd’hui le MEDEF.) On lui doit notamment l’engagement du patronat en faveur de la construction européenne, son ouverture sur le monde, et la création à l’échelon national, d’un régime complémentaire pour les cadres, qu’il avait déjà expérimenté avant la Guerre dans la métallurgie lyonnaise. Il créa aussi le Conseil des Fédérations industrielles d’Europe, dont il fut le premier président.

Dans ses mémoires, publiés en 1978 sous le titre de Témoignages (France Empire), il évoque son action en tant que maire de Lyon, puis le train de la mort, et enfin son expérience du travail au camp (pages 86 à 105.)

En page 84, il évoque son interrogatoire à la Gestapo, alors que, dans une pièce voisine il entend interroger « un jeune Lyonnais pendu par les mains contre le mur et flagellé, à qui on voulait faire dire l’adresse de Bayard » (un responsable résistant). Il ajoute : « J’ai retrouvé à Dachau, puis à Neckarelz, ce jeune garçon séminariste et neveu de mon pharmacien Dalmais, de la rue Duquesne à Lyon ; je l’ai vu décliner, puis mourir comme beaucoup de jeunes qui avaient moins de force et de résistance que les hommes plus âgés. » Il s’agit bien de Victor Tiollier (une sœur de son père s’appelait en effet Sophie Dalmais.)

Villiers y revient en page 95, à propos de son installation à Neckarelz : « Casé dans une salle du bas, je retrouve le jeune séminariste neveu de Dalmais, le pharmacien de la rue Duquesne. »

De son côté, Victor cite plusieurs fois « M. Villiers ».

En page 101, Georges Villiers évoque la mort de Victor, au prix d’une petite erreur de date : « Au mois de mars le petit séminariste s’est éteint pieusement, et j’ai obtenu l’autorisation d’aller avec le convoi au cimetière juif de Binau où les détenus du commando sont enterrés. Nous voilà partis avec deux Russes et un Polonais, et bien entendu encadrés par deux gardiens, poussant un petit tombereau dans lequel se trouvaient une dizaine de cadavres, dont celui de mon jeune compatriote. Dans le cimetière nous trouvons une fosse récemment creusée. Nous y plaçons les cadavres et les recouvrons de terre et de chaux. »

C’est Georges Villiers qui, après la guerre, remettra à Albert Tiollier les carnets de son fils Victor, qui constituent le journal.

voir aussi :

LE TRAIN DE LA MORT

LE JOURNAL

LA MORT DE VICTOR

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